Ambiance hivernale ce matin. Il fait moins six degrés. Quelques Gallinules poules d'eau se laissent observer au loin. On les reconnaît aisément au mouvement rapide et nerveux de leur queue blanche.
Mais c'est une autre espèce que je viens retrouver ici. Un faradet discret et énigmatique dont le cri de petit goret hante la roselière. Un pudique qui ne se montre pas facilement. Et s'il le fait, c'est généralement lors d'une apparition furtive en bordure des roseaux.
Ce matin, le couple sort de sa réserve et s'aventure sur la pointe des pattes en terrain découvert. Le Râle d'eau est fidèle à son territoire, environ 300 m2. Mais il me semble que celui de ce couple - que je suis depuis plusieurs années - n'en fait pas la moitié. 
Un territoire qu'il partage avec des Gallinules poules d'eau ... pour l'instant car, durant la période de nidification, il sera ardemment défendu. En plus de protéger son territoire, il défend également son garde-manger qui abrite bon nombre d'insectes, de petits mollusques, vers et autres délices aquatiques, grenouilles ou tritons, dont il se nourrit. Opportuniste, il pille parfois le nid d'autres oiseaux.
A l'évidence, l'un des deux partenaires est beaucoup plus culotté. Il se hasarde à plusieurs reprises hors des roseaux mais disparaît très vite à la moindre alerte. 
Lui aussi est très culotté, ce Rougegorge familier prend de la hauteur pour inspecter son territoire juste devant mes pieds.
Il scrute patiemment chaque petite touffe d'herbe, petite flaque ou chaume de roseau. Essentiellement insectivore à la belle saison, il se tourne vers les petits fruits charnus durant l'hiver.
Brève apparition du fantôme qui s'aventure toujours un peu plus loin. Cette fois, il est à plus de cinq mètres de la roselière. Mais il disparaît aussi soudainement qu'il est apparu.
Nouvelle escapade quelques minutes plus tard. Intrépide, téméraire même, il s'avance maintenant à découvert sur le territoire du rougegorge. 
Pour moi, spectateur émerveillé, c'est un bon signe. Il semble que ma présence ne pose pas de soucis. La petite tente affût, installée très tôt le matin bien avant le lever du jour, me garantit une discrétion optimale et me permet des observations magnifiques. 
Observer avec modération en veillant à ne pas déranger - ce qui est tout un art - demande des connaissances, du respect, de la patience et de la persévérance. L'apprentissage est long et laborieux ... mais l'intensité des moments vécus est à ce prix. Que du bonheur !
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